Le métier

Je suis particulièrement sensible à la façon spécifique dont j’ai pu, dans mon groupe visant à nous former au métier d’intervenant en Thérapie Sociale TST,

devenir progressivement capable d’être pleinement moi-même, d’exprimer mes sentiments, mes émotions, d’être connecté à mes intuitions et de pouvoir m’en servir, de mieux accepter mes imperfections, mes failles et mes limites, de me défendre avec humilité et confiance, de reconnaître et faire valoir qui je suis, mes vrais besoins et mes vraies motivations, y compris et surtout ceux qui se cachaient derrière mes « sentiments négatifs » : mes récriminations, mes ressentiments, mes colères, mes peurs, mes souffrances. C’est ainsi que j’ai été mieux capable d’entendre les vrais besoins et les vraies motivations des autres qui se cachent derrière leurs propres sentiments négatifs. Apaisé, j’ai gagné en capacité de m’estimer et d’estimer les autres, de les valoriser, de les sécuriser, d’entrer dans un dialogue conflictuel constructif avec eux, de coopérer avec eux en confiance.
Ce long travail m’aura été nécessaire pour pouvoir acquérir la posture exigée de l’intervenant en Thérapie Sociale, et pour apprendre et intégrer les différentes étapes du processus qui nous permettent de créer le groupe et de l’accompagner jusqu’à son intelligence collective afin qu’il puisse atteindre ensemble son objectif.
Ce que je reconnais aujourd’hui d’une des principales spécificités de notre métier, c’est de savoir créer un cadre sécurisé et de confiance qui permette aux gens d’exprimer leurs sentiments négatifs qui sont autant d’empêchements à être eux-mêmes dans leurs interactions avec les autres, à être capables de coopérer. C’est grâce à notre capacité d’accueillir ces sentiments sans être manipulés par eux – capacité travaillée en profondeur dans notre formation et notre supervision – que nous permettons aux gens de prendre davantage conscience de ce dont ils sont vraiment victimes, de la réalité des dangers qu’ils encourent, de ce dont ils ont vraiment besoin, et de ce qu’ils pourraient faire ensemble pour y répondre.

Vous trouverez ici un descriptif de la fonction de l’intervenant en Thérapie Sociale, publié par l’Institut Charles Rojzman sur son site, garant de la pratique et de sa qualité.

Et ici une fiche plus détaillée du métier décrivant le processus (ICR).

 

Durant ma formation et mes animations, j’ai mesuré l’importance de notre spécificité de pouvoir créer les conditions de la confiance et intégrer les besoins et les motivations de chacun :

– Avoir confiance. Installer la confiance est indispensable pour être entendu, pour s’écouter, pour écouter vraiment les autres, pour dire vraiment qui nous sommes et ce que nous pensons au risque d’agacer, pour accéder à notre empathie, dire et entendre nos vraies préoccupations, nos émotions qui nous manipulent et nous empêchent, prendre sa place dans les échanges, le dialogue, le conflit, accepter d’être imparfait, de se perdre, d’errer, de chercher avec les autres sans trouver tout de suite, faire circuler la parole, lâcher prise, pénétrer dans l’inconnu, l’incertain, l’inattendu, l’imparfait, le mouvant, le changeant, la complexité, la création, la vie.
– Si l’on n’a pas confiance ? On ne s’écoute pas vraiment, on cherche à imposer ses propres idées, on chosifie l’autre, on ne tient pas compte de ses préoccupations ou de ses besoins, on cherche à passer en force (en usant de violences plus ou moins subtiles), on élude la discussion, le dialogue, le questionnement, les écueils, les conflits, on s’accroche au connu, au plus court chemin, à ses propres croyances, à ce qu’on sait déjà, aux solutions toutes prêtes, figées, auxquelles les autres ne croient plus. Cela empêche la vraie nouveauté, la créativité, la transformation.
– Intégrer les motivations de chacun.  Pour que tout le monde puisse dialoguer, il faut faire en sorte que les besoins réels de chacun soient entendus ou entendables, y compris et surtout ceux qui se cachent derrière les peurs, propres à la sensibilité de chacun, à son histoire singulière, à ses blessures, à sa vision du monde. Prendre conscience de ce qui nous anime, de ce qu’on veut faire de sa vie, de ce qui nous donne du plaisir, de ce qui fait sens pour nous. Entendre et accueillir ce qui anime l’autre, les autres, ce qui fait sens pour eux. Et alors s’intégrer, se mettre en mouvement avec les autres, confronter et harmoniser ses motivations, ses compétences, ses énergies, se mettre dans une dynamique collective et se transformer ensemble dès lors que nous avons tous à y gagner.
– Si les motivations propres ne sont pas prises en compte ? On ne se livre pas vraiment, on attend que ça se passe, on fait semblant, on ne connaît pas ses besoins réels, on les refoule. L’autorité « qui sait tout » nous agace. On veut bien participer aux échanges mais au fond on s’en désintéresse, on s’en détache, on abandonne. Le chef doit alors tout porter sur ses épaules, et il n’a d’autre choix que de proposer le plus petit dénominateur commun, qui ne froissera personne, mais qui fera illusion. Cela empêche de créer un véritable groupe interagissant et coopérateur, et de (s’)accomplir et se transformer vraiment ensemble.