Chroniques pour faire société ensemble

Un espace d’écoute collective, pour des tiers-lieux démocratiques

Schéma valeurs coworking Issoire
Le processus que j’ai proposé a permis de créer les conditions d’une confiance et d’une créativité collective qui a favorisé dans le groupe la production de ce genre de « Schéma sur les valeurs partagées » (ici co-conçu par le groupe/projet d’espace de coworking d’Issoire (63) à l’issue d’un accompagnement Fairensemble d’une durée de 4 heures). Une autre séance a eu pour objectif de co-imaginer l’identité du groupe et du projet, l’essentiel étant surtout de créer ensemble un collectif durablement fraternel.

Les tiers-lieux incarnent de nouvelles façons de vivre et de travailler ensemble. Ces fablabs ou autres espaces de coworking sont souvent perçus comme des lieux où cohabitent des entrepreneurs solos et/ou des télétravailleurs dans un esprit démocratique, de partage et de co-construction, et dans un climat d’ouverture, de solidarité et de tolérance. Mais qu’en est-il vraiment ?

L’histoire d’un tiers-lieux est semblable à toute aventure humaine : avec ses joies et aussi ses peurs, ses rencontres et aussi ses préjugés, ses solidarités et aussi ses violences*, souvent invisibles et/ou subtiles, où l’on voit généralement des leaders prendre la main et parfois se succéder, dans un système mi-libéral mi-libertaire (cf. Tiers-lieux et plus si affinités, de l’anthropologue Antoine Busset). Sous couvert d’un libéralisme et/ou d’un égalitarisme affichés, et malgré toutes les bonnes volontés, on constate souvent que c’est la logique des leaders qui finit par s’imposer plus ou moins temporairement, lesquels leaders appliquent en priorité leurs propres idées, leurs propres points de vue (qui sur l’organisation, qui sur les règles, qui sur la gouvernance…), sans toujours parvenir à prendre en compte l’ensemble des besoins et des motivations, et faire confiance à la créativité collective des groupes. Les effets ne se font pas attendre, où l’on peut voir d’abord quelques membres s’impliquer de moins en moins dans la vie collective, puis se replier sur eux-mêmes ou se réfugier dans des clans, certains finissant même par s’effacer puis disparaître discrètement pour « incompatibilité » (dans un tiers-lieux, on ne claque pas la porte, c’est mal vu).

Face à ces réalités, plus fréquentes qu’on ne le croit, les leaders se résignent souvent à ne plus appliquer que les recettes « sûres » et « connues », qu’importe qu’elles ne correspondent plus à ce qui est vraiment vécu dans le collectif, et qu’elles tuent dans l’oeuf la créativité du groupe. Pour éviter ces écueils, certains tiers-lieux – souvent ceux proposés par les collectivités locales – préfèrent définir à l’avance des organisations et des règles qui auraient fait leurs preuves ailleurs, sans vraiment proposer d’espaces pour en discuter, ce qui ne favorise pas la responsabilisation, l’autonomie et la dynamique du groupe. Le lieu devient alors un simple cadre professionnel où se croisent des télétravailleurs qui n’ont pas d’intérêt majeur à se connaître et à se frotter.

Un travail de prévention et/ou de réparation

Comment faire alors pour que de l’écoute empathique, de la fraternité, de la créativité collective puissent réellement s’instaurer et subsister dans un tiers-lieux ? Comment y installer du parler vrai sans risquer le rejet ou la culpabilisation ? Comment faire pour pouvoir y accueillir avec confiance l’inconnu et l’incertain : celui ou celle que je ne connais pas mais dont je crains qu’il ou elle me fasse violence, ou le futur que je ne connais pas et qui me fait peur ?

Le travail préventif et/ou réparateur que je propose se fonde notamment sur une nouvelle pratique collective innovante à laquelle je me forme depuis 2012 : la Thérapie Sociale. Nous avons en chacun de nous le potentiel d’écoute et d’empathie propre à tous les êtres humains, et pour continuer d’avancer et d’oeuvrer ensemble, nous devons apprendre à savoir regarder en face nos empêchements – nos peurs, nos préjugés, nos ressentiments, nos renoncements, nos violences… – pour pouvoir les traverser et redevenir nous-mêmes, et le cas échéant réparer nos liens. Ces accompagnements de groupe offrent un cadre qui permet de le faire en liberté et en sécurité, et ainsi, dans les limites d’un objectif commun et atteignable à atteindre ensemble, de (re)construire la confiance nécessaire pour réactiver nos capacités à coopérer en fraternité et en créativité collective : en prenant en compte les besoins et les motivations de chacun.

Yves Lusson

 

*Manipulation, mépris/humiliation, abandon, culpabilisation (selon la classification de la Thérapie Sociale)

 

 

 

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