Chroniques pour faire société ensemble

La confiance, au coeur de la politique d’accueil des nouvelles populations

DSC00031Dans les provinces reculées qui se dépeuplent, les collectivités investissent des millions d’euros dans des politiques de l’accueil de nouvelles populations. Certes, il leur arrive d’enregistrer certains succès, avec l’arrivée de néo-ruraux rêvant d’une vie meilleure. Mais après une poignée d’années – souvent – de galère, une bonne partie d’entre eux jettent l’éponge et repartent la tête basse. D’autres sont malheureusement obligés de rester, survivant chichement avec les minimas sociaux, la honte au fond du coeur. Peu réussissent le grand saut, le grand rêve, malgré les sommes d’argent dépensées, par eux-mêmes ou par leurs « territoires d’accueil », dans l’organisation pratique du-dit accueil et dans « l’accompagnement des porteurs de projet ».

De plus en plus de défiances

Les agents territoriaux reconnaissent le malaise. L’un des principaux volets de ces politiques, celui qui consiste à « développer une culture de l’accueil sur le territoire », est délaissé faute de solutions. Bien qu’ils aient été identifiés depuis pas mal d’années*, les « facteurs bloquants » demeurent, et se multiplient. La plupart sont dus à l’accroissement des défiances de part et d’autre, dans un contexte de multiples crises** et de souffrances : défiances des habitants vis-à-vis des nouveaux arrivants, défiances des nouveaux arrivants vis-à-vis des habitants, des habitants et/ou des acteurs du territoire vis-à-vis d’eux-mêmes, des nouveaux arrivants vis-à-vis d’eux-mêmes… On finit par ne même plus se connaître. Qui est cette famille qui vient d’arriver ? Quelle est son histoire ? Quelles sont ses motivations à s’installer ici, ses rêves, ses difficultés et ses souffrances aussi ? Et qui sont ces habitants de ce territoire ? Quelle sont leurs histoires, leurs traditions, leurs usages, leurs propres rêves à eux, leurs propres difficultés et leurs souffrances aussi ? Même ces questions, on ne se les pose plus… Car les défiances entraînent l’indifférence, qui entraîne la négligence ou le rejet, qui entraîne l’isolement, qui entraîne l’abandon…

Face à ce constat amer et sans appel, n’y a-t-il pas qu’une solution qui vaille : retrouver le pouvoir de créer les conditions qui permettront aux arrivants, aux acteurs du territoire et aux habitants de reconstruire par eux-mêmes et ensemble leurs confiances réciproques ? C’est ainsi et seulement ainsi que nous permettrons la « reliance », chère au philosophe Edgar Morin. C’est ainsi qu’une réelle culture de l’accueil pourra se développer sur le territoire.

Apprendre ensemble à reconstruire la confiance

Instaurer la construction de la confiance sur le territoire ? Celle qui permet précisément le développement d’une culture de l’accueil et de l’hospitalité ? Oui mais comment faire ? Comment mieux comprendre de l’intérieur comment la confiance se (re)construit dans un collectif ou une communauté ? Comment mieux voir en quoi le fait de travailler sur la confiance constitue le levier essentiel pour développer une culture de l’accueil et de l’hospitalité ? Comment imaginer ensemble comment il serait possible de promouvoir ces processus sur le territoire, avec les agents, les acteurs économiques et associatifs, les habitants ? Comment initier ensemble la recherche de projets concrets et réalistes qui permettront de faire vivre ces processus, par exemple des évènements publics originaux à co-créer ? La Thérapie Sociale fait partie des nouvelles pratiques, centrées notamment sur un travail sur les relations, qui permettent justement aux collectifs de répondre ensemble à ces questions, et de reconstruire la précieuse entraide et la fraternité petit à petit et en profondeur. Ces pratiques sont d’autant plus efficaces et durables qu’un maximum de gens peuvent y participer.

Voilà donc un chantier certes long et complexe, mais enthousiasmant et passionnant. En tant que représentants des habitants, les élus n’ont-ils pas aujourd’hui la responsabilité de l’impulser et de le promouvoir ?

Yves Lusson

 

*Enquête du Collectif national Ville-Campagne

**Economique, écologique, politique, mais aussi crises du travail, du lien, du sens, de l’autorité (cf. Charles Rojzman, fondateur de la Thérapie Sociale)

 

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